Seconde chance Le 10 mai 1968 s'ouvre le 21ème
Festival de Cannes. La France est en pleine révolte : manifestations, universités fermées, réclamations des étudiants. En réponse au licenciement d' Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque, ils envahissent le
Festival et organisent des meeting, perturbant fortement l'organisation.
Cannes devient un lieu politique.
Les professionnels du cinéma montrent leur solidarité avec les mouvements sociaux : les cinéastes de la Nouvelle Vague, menés par François Truffaut et
Jean-Luc Godard s' accrochent au rideau de scène et empêchent la diffusion des
films. Des réalisateurs comme
Alain Resnais et Miloš Forman retirent leur
film en compétition de la sélection cannoise. Résultat : le 19 mai, le
Festival est annulé. Une première dans le monde du cinéma.
40 ans après,
Cannes redonne une chance aux
films spoliés en les diffusant dans le cadre de
Cannes Classics : les festivaliers pourront donc voir entre autres les
films Peppermint Frappé de
Carlos Saura, Je t’aime, je t’aime d’
Alain Resnais, ou encore Treize jours en France de
Claude Lelouch.
Utopie 68 et paillettes
Aujourd'hui, l'esprit 68 souffle-t-il encore sur
Cannes ? Ses idéaux déjà usés s'accordent mal avec l'habit glamour et "industriel" que revêt de plus en plus Cannes.
Le
festival accueille (et aime) les fauteurs de troubles. Quelques réalisateurs porteurs d'un idéal d'indépendance et de création provocatrice comme
Tarantino ou encore
David Lynch pour ne citer que les plus connus, laissent la porte ouverte à la polémique, le scandale voire la censure. Mais cinéma d'auteur est-il toujours synonyme de révolution?
Il semble pourtant que l' esprit 68 plane en filigrane sur la Croisette, ne serait-ce que dans La Quinzaine des réalisateurs, créée justement en 68 pour contester une institution trop rigide et élitiste. Après tout, et pour reprendre un slogan de l' époque, si " l'imagination ( maître mot de la création artistique) prend le pouvoir !", la révolution peut-elle être encore possible au cinéma ?…